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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 18:16

 

 

Etymologiquement : l'événement favorable (bon heur), heur venant du latin augurium, qui signifiait "présage".

Le bonheur, c'est en français la chance, mais aussi l'état de la conscience pleinement satisfaite. (Dictionnaire Le Robert).

On distinguera le bonheur de la joie ou du plaisir : le bonheur renvoie à un état de satisfaction durable (une joie peut être éphémère) et profond (un plaisir peut être superficiel).

 

Quelles sont les questions que l'on peut se poser à propos du bonheur ?

  • En quoi consiste-t-il ? Y a-t-il un contenu unique pour tous les hommes ou bien cela dépend-il des individus ?
  • Peut-on atteindre le bonheur en suivant certains principes ou bien s'agit-il surtout de "chance" ou de "destin" ?
  • Le bonheur est-il la valeur suprême, celle qui domine toutes les autres ou bien y a-t-il des valeurs supérieures au bonheur ?

 

Pour répondre à ces questions, on peut se référer à deux grandes manières opposées de concevoir le bonheur : le bonheur sur le mode de l'Avoir et le bonheur sur le mode de l'Etre.  Et on peut ensuite essayer de dépasser cette opposition en envisageant le bonheur comme un devenir.

 

1)      Le bonheur sur le mode de l'avoir.

C'est la conception la plus courante, celle qui est d'ailleurs favorisée à la fois par une grande part de la culture occidentale et par la société de consommation. Etre heureux ce serait avoir tout ce que l'on désire, ou du moins tout ce qui est le plus important. Certes, ces désirs peuvent varier selon les individus, ce qui explique que tous ne voient pas le bonheur de la même façon. Dans ce sens, le contenu du bonheur dépendra des désirs de la personne.

Si on suit cette conception, le bonheur sera obtenu à la fois par la volonté mise au service des désirs (si on fait des efforts, on finira par pouvoir satisfaire ses désirs les plus importants, et donc on sera heureux) et par le "hasard" puisqu'il y a des conditions qui ne dépendent pas seulement de nous (santé, accidents, lieu de naissance, qualités physiques et intellectuelles…).

Si le bonheur est quelque chose que l'on peut avoir, on aura tendance à le placer au sommet de la hiérarchie des valeurs. Peu importe ce que l'on est, l'important c'est ce que l'on peut obtenir. Peu importe ce que l’on est vraiment, l’important étant « d’avoir l’air »…Tout au plus pourra-t-on fixer des limites morales ou juridiques : on ne doit pas faire son bonheur en faisant le malheur des autres, on ne doit pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qu'ils nous fassent.

 

2)      Le bonheur sur le mode de l'être.

Selon cette façon de considérer le bonheur, il s'agit avant tout d'installer en nous les conditions du bonheur. Comme nous sommes tous des hommes, il y a place pour une analyse des conditions universelles du bonheur. La philosophie antique est d'ailleurs, d'une certaine manière, une science du bonheur. Etre heureux, cela pourrait s'apprendre, car cela dépend bien plus d'un état intérieur que d'une possibilité d'obtenir des objets. Epicure, au 3ème siècle avant Jésus-Christ, bâtira toute sa philosophie sur la recherche du bonheur.

Il analysera les différentes sortes de désirs des hommes :

-          Les désirs naturels nécessaires (boire, manger, dormir, un minimum de confort pour maintenir le corps et l'âme en bonne santé, philosopher pour écarter tout trouble et toute angoisse).

-          Les désirs naturels qui ne sont pas absolument nécessaires mais qui doivent être satisfaits autant que possible puisqu'ils sont inscrits dans notre nature (l'amitié, la sexualité, les variations des sensations, l'art…)

-          Les désirs "vains" c'est-à-dire à la fois artificiels et impossibles à satisfaire de façon suffisante, ce qui implique une tension perpétuelle et donc l'absence de contentement (la gloire, la richesse, l'immortalité, le luxe, le pouvoir…).

 

Si l'homme savait se limiter aux désirs naturels, il serait capable d'être heureux puisqu'il serait facilement satisfait. Mais voilà, il éprouve de grandes difficultés à se contenter de ce qu'il a ou de ce qu'il pourrait facilement obtenir… Pourquoi ? Parce que, selon Epicure, l'homme est angoissé lorsqu'il découvre qu'il est mortel. D'où sa "fuite" dans des objectifs toujours lointains, d'où sa recherche de compensations à sa faiblesse dans la possession et dans la reconnaissance par autrui (gloire, richesses, pouvoir…). Voilà pourquoi la philosophie est nécessaire au bonheur : en étudiant la nature et les phénomènes liés à la pensée, la philosophie va pouvoir convaincre les hommes qui la pratiquent que la mort n'est rien et qu'elle ne doit donc pas être crainte. La mort est la cessation de toute conscience, et il n'y a donc aucune souffrance, aucun regret, aucuns remords au moment de la mort.

Le secret du bonheur résiderait donc dans la compréhension de la cause de notre angoisse qui nous pousse à désirer au-delà de ce que nous pouvons satisfaire. L'homme qui cesserait d'avoir peur de la mort serait capable d'être heureux. Le bonheur n'est pas une question de chance, même si celle-ci intervient, mais une affaire de compréhension : il faut savoir être heureux, savoir installer en nous les conditions de cette "tranquillité" (l'ataraxie) de l'âme en quoi consiste essentiellement le bonheur.

 

3)      Le bonheur comme devenir.

Mais est-il possible de se limiter à des désirs "naturels" ? Est-il possible de faire cesser toute angoisse devant ce mystère qu'est notre mort ? L'homme n'est-il pas cet être qui dépasse tout ce qui est donné pour créer ce qui n'était pas (voir le mythe de Prométhée) ? Le bonheur n'est-il pas plutôt de l'ordre du devenir ? On n'est pas heureux parce que l'on a tout ce que l'on désire (comment d'ailleurs pourrait-on obtenir "tout" ce que l'on désire…), ni parce que l'on est installé dans un état de quiétude qui ferait que l'on ne désire rien d'autre (ce serait plus la satisfaction animale que le bonheur humain). Le bonheur serait plutôt dans le sentiment d'être parvenu à mieux être, il est donc dépendant d’une axiologie (d’une théorie des valeurs). Qu’est-ce qui est le mieux ? Ce n’est pas l’avidité qui peut servir de critère de mesure.  Savoir apprécier ce que l'on a, savoir faire la différence entre ce qui est important et ce qui ne l'est pas, pouvoir être fier de ce que l'on est devenu capable de faire, d'éprouver, de donner. Savoir ce que l'on désire vraiment, ce dont notre personnalité la plus profonde a vraiment besoin, au lieu de désirer ce que désirent les autres ou ce que la publicité nous a persuadé que les autres désirent…Le bonheur ne serait ni un état dans lequel on peut s'installer, ni dans l'amas des choses que l'on peut posséder, mais dans le processus qui fait que l'on devient capable de donner du sens à notre vie.

 

Références :

 

  • La "Lettre à Ménécée" d'Epicure.
  • Citation d'un sportif à propos du bonheur : "Avant je pensais que le bonheur c'était la victoire. Maintenant je sais que la véritable victoire, c'est le bonheur".  Comprendre : ce n'est pas la victoire (sportive) qui procure le bonheur, mais la véritable victoire (sur soi-même), c'est d'être capable d'être heureux.
  • Graffiti anonyme sur un mur de la ville d'Arles : "Le bonheur, c'est un moment de répit entre deux chagrins".
  •  Proverbe chinois (dit-on…) : Si tu veux être heureux une heure, enivre-toi,
    Si tu veux être heureux un jour, tue ton cochon,
    Si tu veux être heureux une semaine, fais un beau voyage,
    Si tu veux être heureux un an, marie-toi,
    Si tu veux être heureux toute ta vie, fais-toi jardinier.
  • Extrait de « L’utilitarisme » de John Stuart Mill où figure le passage célèbre :

« Il vaut mieux être un homme insatisfait qu’un porc satisfait, il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. »

 

 

Flaubert : « Etre bête, égoïste et en bonne santé, voilà les trois conditions voulues pour être heureux. Mais si la première vous manque, tout est perdu. »

 

Flaubert : « Le bonheur est un mythe inventé par le diable pour nous désespérer. »

 

 

Schopenhauer : « tout vouloir a pour principe un besoin, un manque, donc une

douleur ; c'est par nature, nécessairement, qu'ils doivent devenir la proie de la

douleur. Mais que la volonté vienne à manquer d'objet, qu'une prompte

satisfaction vienne à lui enlever tout motif de désirer, et les voilà tombés dans un

vide épouvantable, dans l'ennui ; leur nature, leur existence, leur pèse d'un poids

intolérable. La vie donc oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la

souffrance à l'ennui ; ce sont là les deux éléments dont elle est faite, en somme. »

 

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Published by Clavier - dans Le Bonheur
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