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SpinozaQuinte-Curce[1] en a fait fort justement la remarque (Livre IV, ch. 10), « la superstition est le plus sûr moyen auquel on puisse avoir recours pour gouverner la masse. » Si bien que l’on n’a pas de peine, sous couvert de religion, tantôt à lui faire adorer ses rois comme des dieux, tantôt à les lui faire détester et maudire comme fléaux permanents du genre humain. Pour éviter ces dangereux retournements, on s’est appliqué avec le plus grand soin à embellir la religion, vraie ou fausse, d’un cérémonial destiné à lui conférer une importance dominante et à lui assurer, de la part des fidèles, un constant respect. Ces mesures n’ont nulle part été mieux réalisées que chez les Turcs, où la simple discussion passe pour sacrilège et où tant de préjugés obscurcissent le jugement, que la saine raison ne saurait plus se faire écouter, ne serait-ce que pour suggérer un simple doute.

 

Bien entendu, le grand secret du régime monarchique et son intérêt vital consistent à tromper les hommes, en travestissant du nom de religion la crainte avec laquelle on veut les tenir en bride. De telle manière qu’ils combattent pour leur servitude, comme s’il s’agissait de leur salut, et croient non s’avilir mais s’honorer au plus haut point lorsqu’ils répandent leur sang et sacrifient leur vie, pour appuyer les prétentions d’un seul individu. En revanche, on ne saurait imaginer ou entreprendre rien qui soit plus désastreux dans une libre république, car la liberté générale, de toute évidence, n’admet point que le jugement individuel soit asservi aux préjugés, ni soumis à une contrainte quelconque. Quant aux troubles suscités sous prétexte de religion, ils ne surgissent qu’avec l’établissement de lois ayant pour objet des questions spéculatives. Certaines croyances sont alors déclarées criminelles, et donc punissables. Mais en réalité, les défenseurs et les partisans de ces croyances sont sacrifiés non au salut de la communauté, mais à la haine et à la cruauté de leurs ennemis. Si la législation politique déclarait que seuls les actes peuvent être poursuivis, sans que les paroles soient jamais sujettes à sanction, les troubles intérieurs ne se pareraient plus d’une apparence de droit et les controverses ne se transformeraient plus en révoltes.

 



[1] Quinte-Curce : écrivain romain du 1er siècle, auteur d’une vie d’Alexandre le grand.

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