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Lourdes : une nouvelle guérison reconnue par l'Église

Le Figaro, le 28 mars 2011.

Par Jean-Marie Guénois

Handicapé des jambes, Serge François a vu son mal disparaître lors de son pèlerinage.

 

«Il s'est passé quelque chose, tu verras.» Faute de monnaie suffisante, Serge François se voit obligé de raccrocher le combiné d'une cabine téléphonique de Lourdes et laisse dubitative sa femme, Marie-Thérèse. Mais le lendemain, elle comprend très vite en voyant son mari descendre du train du pèlerinage diocésain d'Angers. Il est visiblement «guéri».

À la suite de complications chirurgicales (fibrose postopératoire) liées à deux opérations, une hernie discale avait fini par lui faire partiellement perdre l'usage de la jambe gauche. Serge François se déplaçait donc avec une grande difficulté. Seul un système sous-cutané injectant régulièrement un mélange à base de morphine lui permettait d'atténuer un peu sa douleur, constante. Mais devant la grotte de Lourdes, le 12 avril 2002, sa vie a changé. Au point qu'il a ensuite entrepris, pour «rendre grâce», le chemin de Compostelle dans son intégralité… Soit 1570 km à pied!

 

 

 

 

Miracle-Lourdes.jpg

Le soixante-huitième «miraculé» de Lourdes

Dimanche après-midi, au sanctuaire Notre-Dame-des-Gardes, l'évêque d'Angers, Mgr Emmanuel Delmas, médecin de formation, a reconnu «publiquement le caractère “remarquable” de la guérison» dont a «bénéficié» Serge François. Le prélat a observé: «Cette guérison peut être considérée comme un don personnel de Dieu pour cet homme, comme un événement de grâce, comme un signe du Christ Sauveur. S'étant produite au cours d'un pèlerinage à Lourdes, au moment où Serge François, après avoir prié devant la grotte et s'être rendu aux fontaines pour boire et se laver le visage, quittait le domaine, on peut voir dans cette guérison une prévenance particulière de la Vierge Marie à l'égard de cet homme.»

Serge François serait donc le soixante-huitième «miraculé» de Lourdes. Le dernier, reconnu en 2005, concernait Anna Santaniello, une Sicilienne. Et le précédent, reconnu en 1999, concernait également un Français, Jean-Pierre Bély. Depuis les apparitions de la Vierge en 1858, 1% des 7000 déclarations de guérison ont été reconnues comme «miraculeuses». Mais l'Église catholique reste très prudente. Lourdes, insiste Mgr Jacques Perrier, évêque du lieu, «c'est d'abord les apparitions de la Vierge! Elles n'ont pas “besoin” des guérisons pour être authentifiées».

À tel point que cet évêque a décidé, en 2006, de réformer les procédures de reconnaissance des guérisons. Serge François est le premier à passer par cette nouvelle grille d'analyse. Sur le plan médical, l'Église a intégré la complexité de la recherche portant sur le diagnostic des maladies et l'efficacité des traitements modernes. En ce qui concerne la théologie, elle peut maintenant reconnaître des «guérisons inexpliquées par la science» sans pour autant parler de «miracle».

«On est enfin sorti de la logique binaire, miracle ou pas miracle», se félicite Mgr Perrier. Sorti, en somme, d'une approche spectaculaire, ajoute-t-il, «pour pouvoir prendre en compte de multiples guérisons qui tombaient dans l'oubli». Une quarantaine sont signalées en moyenne chaque année à Lourdes. Des nuances qui ne troublent pas Serge François. Devant la petite grotte de Lourdes qu'il s'est construite depuis dans son jardin, il raconte avec passion «l'instant» de sa guérison. Après avoir prié et bu de l'eau aux fontaines près de la Grotte, il a ressenti «une douleur fulgurante». Puis «ma jambe qui me faisait tant souffrir et qui était toujours froide s'est réchauffée».

« Ils ont essayé de me piéger sous toutes les coutures »

Son bonheur actuel est seulement contrarié par le scrupule d'«avoir été choisi, lui: c'est injuste, tant d'autres souffrent». Souci qu'il transforme en attention et prières redoublées pour ceux qui sont malades. Il se souvient également de ce mauvais souvenir que furent les vérifications médicales: «Ils ont essayé de me piéger sous toutes les coutures», assure-t-il. Mais les médecins ont dû objectivement reconnaître pour lui un avant et un après… Lourdes.

Restait à convaincre l'évêque d'Angers, diocèse de résidence de Serge François. Une fois le constat médical de guérison inexpliquée réalisé, c'est de ce prélat que dépend l'authentification du caractère spirituel avéré du phénomène. «Pour moi, confie Mgr Delmas, il n'y a pas de doute. J'aurais pu employer le mot miracle. Tout est là pour le dire mais cela me paraissait un peu présomptueux. Si je parle du caractère remarquable de la guérison, en indiquant sans aucune ambiguïté sa source, c'est par respect pour ce qui s'est passé et qui nous dépasse tous.»


Le parcours du combattant des «miraculés»

L'église catholique ne peut se prononcer théologiquement sur un fait de guérison sans l'aval d'un professionnel de la santé. D'où l'existence, dans l'enceinte des sanctuaires de Lourdes, d'un bureau des constatations médicales. Celui-ci est placé sous la responsabilité d'un médecin. Depuis deux ans, il s'agit du d r Allessandro de Franciscis, un pédiatre italo-américain de 56 ans, diplômé des facultés de Naples, Rome et de Harvard. Il accueille les «déclarations» de ceux qui veulent bien venir confier un phénomène de guérison.Ces personnes se déclarent rarement aussitôt leur rémission constatée. Elles viennent souvent une année après les faits, en général à l'occasion d'un nouveau pèlerinage. Trente-huit personnes se sont ainsi présentées en 2009, trente-trois en 2010. Sept mille cas ont été signalés depuis le début des apparitions, le 11 février 1858. Mais seul 1% ont été reconnus comme «miracles».

Débusquer toute «pathologie hystérique ou délirante»

Une fois la démarche effectuée devant le médecin, sont recensées, pour éviter «toute supercherie, simulation, illusion», toutes les pièces du dossier médical avant les faits. Des examens complémentaires sont également réalisés. Enfin, il est nécessaire de laisser s'écouler du temps pour vérifier la «permanence de la guérison, complète et stable, sans séquelle» et certifier «l'improbabilité» qu'une telle guérison fût possible.

À ces pièces médicales sont ajoutés des éléments du contexte spirituel du phénomène déclaré. À ce stade, certains dossiers sont «mis en attente». D'autres considérés comme des «améliorations subjectives». Mais ceux qui sont considérés «à valider» quittent cette première étape de «guérison constatée». Ils entrent dans une seconde étape qui peut conduire à une «guérison confirmée». Le dossier doit alors subir deux niveaux d'analyses.

Sur le plan médical un premier conseil de médecin se réunit à Lourdes. Si le cas franchit cette étape, il est présenté au Comité médical international de Lourdes (CMIL) qui se réunit une fois par an. Un des médecins est alors chargé de procéder à un interrogatoire du patient et au réexamen de tout le dossier médical. L'avis extérieur de spécialistes peut être sollicité. Il s'agit de débusquer toute «pathologie hystérique ou délirante». Une fois ces vérifications faites, le Comité met fin à la procédure ou le considère comme «médicalement étayé». Une autre commission, diocésaine, présidée par l'évêque du «guéri», entre alors en jeu et examine les aspects spirituels du phénomène. Elle peut rejeter certains cas qui donneraient lieu à un comportement de mise en valeur personnelle.

Une fois ces deux niveaux de vérifications satisfaits l'Église accepte de confirmer publiquement la guérison. C'est ce qui vient de se produire avec Serge François. Une troisième étape, appelée «guérison ratifiée», permet de parler de «miracle» au sens strict et canonique. C'est-à-dire, selon des critères établis au XVIIIe siècle par le cardinal Lambertini. Sauf que l'un de ces critères exige que «nulle médication n'ait été donnée». Il est exceptionnellement vérifiable aujourd'hui.

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