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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 16:40


 

 

Descartes soutient que le pouvoir de la volonté est infini. « Je ne puis pas aussi me plaindre que Dieu ne m’a pas donné un libre arbitre, ou une volonté assez ample et parfaite, puisqu’en effet je l’expérimente si vague et si étendue, qu’elle n’est renfermée dans aucunes bornes. » (Quatrième méditation).

DescartesAlors que mon imagination est limitée, que ma connaissance est limitée, ma volonté est illimitée. En quel sens ? En ce sens que quelle que soit la possibilité qui se présente à moi, je peux dire oui ou non. J’ai toujours le choix, je peux toujours décider (arbitrer) sans être forcé de le faire en tel ou tel sens. « Car elle consiste seulement en ce que nous pouvons faire une chose, ou ne la faire pas (c’est-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir) » (Quatrième méditation).


Bien sûr je n’ai pas tous les choix à ma disposition. Par exemple si je suis tombé malade, je n’ai pas le choix de ne plus être malade de façon immédiate. Mais j’ai le choix entre vouloir guérir ou me laisser aller à la maladie. Je peux donner plusieurs sens à la maladie.

Quelles que soient les circonstances, j’ai toujours le choix. Le choix ultime, comme le dit Sartre, est entre l’acceptation et la mort.

 

Mais est-ce que le choix lui-même n’est pas conditionné ? Je ne fais pas le choix en fonction d’une volonté abstraite qui pourrait tout aussi bien faire le choix opposé. Je fais en général le choix de ce qui me paraît être le meilleur. Mais ce meilleur m’apparaît tel à partir des informations dont je dispose, de mes goûts, de mon milieu social, de mon éducation, de mon caractère… Il est vrai que l’on peut dire que le choix est libre s’il vient de la personne elle-même. Lorsque quelqu’un me donne un ordre, je suis devant l’obligation de le suivre, ou de me révolter, mais en prenant des risques. Lorsque je fais moi-même le choix, j’ai l’impression d’être libre. Mais il se pourrait que des facteurs que j’ignore interviennent et me fassent pencher dans un sens ou dans un autre. Si je suis timide et influençable, je choisirais une option dont je sais, plus ou moins consciemment, qu’elle plaira à mon entourage. Je n’aurais peut-être pas fait le même choix si j’avais été plus indépendant d’esprit. En tant qu’individu, je ne suis pas une pure volonté qui pourrait prendre ses décisions « arbitrairement », je suis un élément d’un ensemble plus vaste, naturel, social, familial… Je prends des décisions qui reflètent plus ou moins tous ces constituants. C’est là qu’intervient l’hypothèse déterministe. Et si tout était déterminé ? Pas seulement les événements physiques, naturels, mais aussi les événements psychologiques ? Si l’on suit le principe de raison : rien ne se produit sans cause, alors, il y a une ou plutôt des raisons qui expliquent que je penche dans un sens ou dans un autre. C’est la conséquence que tire Spinoza du principe de causalité qu’il pense pouvoir appliquer à tout ce qui existe. Si quelqu’un me connaissait parfaitement, il pourrait savoir que face à telles circonstances, je vais faire tel choix. Faudrait-il penser que la liberté est purement illusoire ? C’est ce qu’en vient à penser Spinoza,

Spinozaen tout cas si on se réfère à la conception de la liberté comme libre arbitre : « Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent d’avoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent. »

 

 

 

Cependant la conception déterministe ne détruit pas toute notion de la liberté. En effet, on peut considérer que le fait de savoir ce que l’on va choisir ne nous empêche pas d’être libres. D’abord parce qu’il convient de faire une différence entre le pur mécanisme et la pensée humaine. Certes, il y a plusieurs facteurs qui me poussent à faire tel choix. Mais il est impossible de savoir si le choix est vraiment inéluctable. L’âme humaine reste mystérieuse. Ensuite, même si le choix était vraiment strictement déterminé, ce que pense Spinoza, il est le résultat de forces en présence parmi lesquelles se trouvent le désir de vivre de l’individu, et ses ressources intellectuelles et morales. Enfin, on doit distinguer entre les facteurs qui déterminent mon choix. Il y a ceux qui agissent en quelque sorte contre moi-même et ceux qui font partie de mon moi le plus profond. Il est tout à fait exact que Je peux être influencé inconsciemment par des facteurs que j’ignore. Par exemple mon éducation peut m’entraîner dans telle voie professionnelle. Mais deux cas peuvent se présenter : ou bien cette influence se fond dans l’ensemble de ma personnalité, et alors elle fait partie de moi. Ou bien elle s’oppose à d’autres éléments importants et alors elle peut m’empêcher d’être libre. Si je prends conscience de ce qui m’influence, je peux faire la distinction entre ce qui est vraiment moi, et ce qui n’est pas moi. La liberté n’est donc pas dans une sorte d’arbitrage indépendant des forces et des courants psychologiques qui me constituent. Mais elle est plutôt dans la manière dont je vais prendre conscience de ce qui me façonne profondément, de sorte que mes choix exprimeront ma véritable personnalité. Ce qu’exprimait ainsi Bergson :

Bergson.jpg « Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l’expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu’on trouve parfois entre l’œuvre et l’artiste. »

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Published by Clavier - dans La Liberté.
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commentaires

jean-louis 12/02/2016 15:53

Enfin, en pratique, on nous traite tantôt comme si on était entièrement déterminé ou déterminable, et tantôt comme si on était libre. Amusant !
On nous traite comme si on était déterminé ou déterminable quand on étudie, analyse, les comportements et décisions, ou quand on nous demande de suivre telle ou telle vertu ou raison morale.
On nous traite comme si on n'était pas déterminé - du moins pas totalement - quand on nous accuse de quelque chose, quand on nous fait un procès. On aurait été alors libre de choisir.
D'où l'impossibilité où sont les penseurs de démontrer que Rousseau a raison ou que Rousseau a tort.

John 04/04/2017 05:39

On nous accuse de quelque chose, on nous fait un procès, quand nous n'avons pas respecté l'injonction de suivre telle ou telle vertu ou raison morale, en somme on nous reproche de ne pas avoir été déterminé à suivre l'ordre établit (déterminisme social). Cet ordre établit peut prendre cela en considération ou être totalement arbitraire peu importe. L'homme est un mammifère, un grand singe, disposant en plus de cela de différents cerveaux raisonnant selon leurs propres principes. Ses décisions (sauf en cas de réaction de survie) sont ainsi produites par la négociation entre les différents cerveaux et même en tenant compte de l'état de santé de l'ensemble y compris du corps à un instant donné. Tous les individus disposent de capacités inégales sur chacun de ces centres de décision, sont issus d'expériences différentes potentiellement traumatiques portant à refoulement temporaire ou définitif. Peut être un système déterministe mais difficilement prédictible dans tous les cas.

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