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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 14:56

 

 

Introduction : Qu'est-ce que la vérité ? Quels sont les problèmes posés par cette notion ?

 

 

Dans un premier temps on peut définir la vérité comme l'accord entre la pensée et la réalité. Si ce que je pense est en accord avec la réalité, alors je suis dans le vrai. Si ce que je pense n'est pas en accord avec la réalité, je suis dans le faux.

 

Comment peut-on penser quelque chose de faux ?

 

Il y a trois modalités du faux :

 

* L'erreur : Elle a lieu si je crois qu'une affirmation est vraie alors qu'elle est fausse. Ou si je crois qu'elle est fausse alors qu'elle est vraie.

Exemple : je peux croire que c'est le soleil qui tourne autour de la Terre puisque je le vois. L'affirmation "Le soleil tourne autour de la Terre" est fausse, puisqu'elle n'est pas conforme à la réalité. Du moins telle que la science est censée nous la donner.


* Le mensonge : le mensonge a pour but de masquer la réalité. Pour cela il va proposer une image de la réalité qui n'est pas conforme à la réalité mais qui peut prétendre en être une représentation fidèle.

Exemple :  "Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l'accident de la centrale de Tchernobyl" Ministère de l'Agriculture, le 6 mai 1986.

Le menteur croit savoir ce qu'il en est de la réalité. Mais il choisit volontairement de la masquer en créant une image de celle-ci qui sert ses intérêts. 

 


centrale nucléaire

 

 

 

* La mauvaise foi : c'est un mécanisme assez subtil par lequel on cherche à se persuader soi-même que la réalité est autre que ce qu'elle est. La mauvaise foi est un mensonge à soi-même : nous refusons d'admettre la réalité, parce qu'elle nous dérange en nous obligeant à reconnaître que nous nous sommes trompés, ou que nous avons menti, ou qu'il nous faut changer toute notre manière de voir.

Exemple : Un adversaire de Galilée, Cremonini, refusait de regarder dans la lunette astronomique, comme Galilée le lui proposait, parce que cela "ne pourrait que lui troubler la tête".

 

galilee.jpg

 

 

 

 

 

Quels sont les problèmes que l'on peut se poser ?

 

 

 

Un premier problème est celui du devoir de vérité.       D'ordinaire, on entend dire que le mensonge est une mauvaise chose. On doit dire la vérité. Mais ce devoir est-il absolu ?

 

Il s'agirait d'un devoir moral : notre conscience nous commanderait de dire la vérité. Un devoir absolu signifierait qu'il n'y a pas d'exception, ou plutôt qu'il ne devrait pas y avoir d'exception. La philosophie étant à la recherche de la sagesse, et la sagesse étant la capacité à faire les bons choix, la question du devoir de vérité est une question éminemment philosophique. Comme toute question philosophique, elle requiert un examen, une réflexion. On ne peut répondre facilement. Notons d'abord que même si l'on peut constater que le mensonge est répandu, que "tout le monde ment",n722267713_817634_4068.jpg il n'en reste pas moins que la question se pose. Car même si tout le monde mentait, il n'en resterait pas moins que personne, peut-être, ne devrait mentir.

Il ne faut pas oublier que la sagesse n'est pas orientée vers l'adaptation à ce qui existe. Il s'agit de faire les bons choix, pas de faire les choix que tout le monde fait. Aussi distinguera-t-on entre ce qui se fait : les faits et ce qui devrait se faire : le droit. 

 

Pour examiner cette question, et bien comprendre sa difficulté, voyons en quoi elle est problématique.

 

On pourrait dire : oui, nous devons dire la vérité, nous devons toujours dire la vérité. Ou nous pourrions dire : non, il y a des cas où il est légitime de ne pas dire la vérité.

 

 

Il y une "dialectique"• qui se met en oeuvre, et ce n'est pas forcément la plus mauvaise façon de se rendre compte de l'existence d'un problème, et d'essayer de le résoudre.

Posons la thèse selon laquelle il faudrait toujours dire la vérité. Est-elle défendable ?

 

Oui, si on admet que le mensonge est un mal moral en soi.

Qu'est-ce que le mensonge ? C'est volontairement priver quelqu'un de la vérité, c'est-à-dire d'une information qui lui permettrait de faire un choix raisonné. Or la capacité de faire un choix est ce qui constitue la base de notre humanité. Le menteur tente de nous tromper car il veut nous manipuler : il souhaite que nous fassions le choix qui l'arrange, et non celui que nous ferions si nous savions la vérité. Le mensonge va donc à l'encontre de l'humanité. On comprend alors pourquoi notre conscience morale tend à nous interdire le mensonge et à nous faire culpabiliser lorsque nous nous laissons aller à mentir. Que dit en effet la conscience morale ? Son message tient en peu de mots si l'on s'attache à l'essentiel : ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse.

 

Le philosophe Kant (18ème siècle) va reprendre cette formule de la conscience morale commune et va lui donner une expression plus rigoureuse : "Agis toujours de telle façon que tu puisses ériger la maxime de ton action en loi universelle".

 

Immanuel Kant (painted portrait)

 

 

C'est ce qu'il appelle "l'impératif catégorique" de la conscience morale. Impératif, parce qu'il s'agit d'un commandement. Catégorique, parce qu'il est absolu, sans condition, sans restriction. Je ne voudrais certes pas que le mensonge devienne une loi universelle, que tout le monde mente. Si je prends comme maxime de mes actions : "Lorsque cela t'arrange, tu peux mentir", je vois bien que je ne peux vouloir que tout le monde prenne la même maxime comme règle d'action. Le menteur sait bien que pour que son mensonge soit cru, il faut que tout le monde ne mente pas. Sinon, personne ne croirait personne et finalement le mensonge serait inefficace. Ainsi, on voit que le menteur n'est pas moral. Il ne respecte pas la personne humaine, c'est-à-dire la liberté de choix qui réside dans chaque être humain. Il traite autrui comme un simple moyen au service de ses fins à lui; non comme une fin en soi, non comme un être éminemment respectable.

 

Mais, objectera-t-om, il y a des mensonges véniels, sans importance morale. On raconte de belles histoires aux enfants, on leur fait croire qu'il y a un Père Noëlpere-noel02.jpg qui vient leur faire des cadeaux... On ment à un ami pour lui faire une surprise le jour de son anniversaire... Faut-il considérer que là aussi, le mensonge est immoral et devrait etre proscrit ?

 

Si l'on s'en tient au principe moral, il faudrait répondre qu'il n'y a pas lieu, en effet, de faire ici des exceptions. On ajoutera même que c'est en faisant certaines exceptions, apparemment bénignes, que l'on corrompt le sens moral. On devrait appliquer strictement le principe, et ne pas transiger pour d'apparentes "bonnes raisons". Car si l'on se donne le droit de faire des écarts, en arguant que cela n'est pas fait dans une mauvaise intention, on affaiblit la valeur du principe lui-même.

 

Mais, n'y -a-il pas des vérités qu'il vaudrait mieux taire ? Si une personne qui vous est chère vous demande si elle est jolie et que vous pensez qu'elle ne l'est pas, faut-il le le lui dire ? Si un malade inquiet demande à son médecin s'il a des chances de guérir, et que ses chances soient presque nulles, le médecin doit-il le lui dire ? Si un innocent se cache chez vous et que ses poursuivants, des assassins, vous demandent si vous le cachez, faut-il le leur dire ?

 

Pour tous ces cas embarrassants, Kant répondrait qu'il y a une autre alternative, qui n'est ni dire la vérité, ni mentir. C'est garder le silence, refuser de répondre.

 

Mais le silence n'est-il pas ici une réponse ? Si vous ne dites rien à ceux qui vous demandent si vous cachez un innocent, ne vont-ils pas en déduire que vous le cachez en effet ? Ils vont fouiller la maison et probablement mettre la main sur le fugitif. C'est l'objection qu'un philosophe français, Benjamin Constant, faisait à Kant. Et Benjamin Constant en tirait la conclusion que l'on ne pouvait pas appliquer tel quel le principe selon lequel il fallait dire la vérité ou bien se taire. Il proposait d'ajouter : on ne doit la vérité qu'à celui qui a droit à la vérité. Or, un assassin n'a pas droit à la vérité qui lui permettrait d'accomplir un crime. On pourrait ajouter : il ne faut pas blesser autrui inutilement avec des vérités qui lui feront plus de mal que de bien. L'ami qui a besoin de réconfort, le malade qui a besoin d'espérer pour pouvoir, peut-être, guérir, ont droit à des égards, et peut-être à des mensonges. Le rigorisme de Kant échoue ici à nous convaincre car il a contre lui non pas la tentation de la facilité, mais une exigence morale supérieure : notre conscience morale nous reprocherait d'avoir été grossiers, ou indifférents, ou même, pire encore, complices d'un assassinat. Kant se croit autorisé à maintenir sa position en se référant uniquement à la rectitude formelle : je ne dois pas mentir quelles que soient les circonstances, car je ne sais pas quelles seront les conséquences d'un éventuel mensonge, alors que je sais que par principe le mensonge est pernicieux. Selon lui, celui qui ne ment pas pour sauver un innocent serait irréprochable, puisque ce n'est pas lui qui tue. Mais qui ne voit que sa conscience pourrait lui reprocher de ne pas avoir fait tout ce qui était possible pour sauver un innocent ?

 

 

Concluons plutôt que dans certains cas, le mensonge est légitime, voire un devoir moral. Dans quels cas ? Dans tous ceux où nous pensons pouvoir éviter un mal plus grand que le mensonge lui-même. Mais gardons-nous d'en faire une règle au service de nos intérêts. Le mensonge purement égoïste est certes moralement condamnable, dans la mesure où une morale simplement égoïste serait une absurdité. Aussi, nous devons nous exercer à discerner les cas où le mensonge est un moindre mal, et c'est en faisant cela que nous cultiverons notre faculté morale.

 

 

  Un deuxième problème est celui de la possibilité d'atteindre la vérité, c'est-à-dire la connaissance de la réalité.

 

 

 

 

• Dialectique : "dia tou logou" : "par le discours". On peut entendre "dialectique" comme une opposition de deux thèses opposées, par l'intermédiaire de laquelle on obtiendra une réponse fondée, puisqu'elle aura passé l'épreuve de la contradiction.

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Published by Clavier - dans La vérité
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commentaires

Barry 27/03/2017 14:57

Toute les vérité ne son pas bonne à dir

Théa 21/11/2016 13:42

Il faut toujours se forcer de dire la vérité et rien que la vérité quelques soi la sentions qu'ont vous admire.

diallo 04/01/2016 18:29

cool

barry 17/04/2016 02:46

très très cool

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