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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 17:42

(La société et l’État ;  La justice et le droit)

 

  L-Etat.jpg

 

Introduction.

 

Définitions et problèmes :

La politique : difficulté de la définition. C’est  à la fois une activité et une réflexion portant sur cette activité.  Question préalable et même préjudicielle : lorsqu’on parle de « politique », on est plongé dans le débat « partisan »Comment peut-on être « objectif » ? Mais si on ne peut l’être au sens où l’on est forcément impliqué dans le débat lorsqu’il se présente de manière « partisane », on peut se détacher de la prise de position pour réfléchir aux principes qui sont à l’œuvre dans le débat partisan. C’est ce qui relève de la réflexion critique, philosophique. Critique au sens de capacité de procéder à un examen, à une distinction. Aussi bien l’enseignement de la philosophie a-t-il pour but, selon le programme officiel, de contribuer « à former des esprits autonomes, avertis de la complexité du réel et capables de mettre en œuvre une conscience critique du monde contemporain ».

S’il y a débat partisan, sur quoi porte-t-il ? Il semble bien que l’on puisse déterminer au moins grossièrement son objet : la manière d’organiser le fonctionnement de la société. Aujourd’hui ce fonctionnement passe par une législation. Et cette législation touche des domaines très variés de la vie en société. Il y a des lois sur les conventions entre employeurs et salariés, sur la richesse prélevée, sur les contrôles sanitaires, sur les animaux, sur le harcèlement sexuel… Mais il y a aussi des grandes décisions qui sont prises « au niveau le plus haut de l’Etat » : politique « extérieure », grandes orientations, traités internationaux…

 

Le domaine de la politique, ce sont donc toutes les questions portant sur la manière dont les hommes formant société doivent se comporter les uns envers les autres et sur les relations que cette société doit se comporter envers les autres sociétés.

 

Ce qui implique déjà que les manières de faire ne sont pas « automatiques », « instinctives ». Il y a un débat justement parce que les hommes ne sont pas voués à des comportements uniques. Ce qu’Aristote notait déjà en relevant que l’homme était un « animal politique » : « Mais que l’homme soit un animal politique à un plus haut degré qu’une abeille quelconque, ou  de tout autre animal vivant à l’état grégaire, cela est évident. La nature, en effet, selon nous, ne fait rien en vain ; et l’homme,  seul de tous les animaux, possède la parole. » Or la parole, à la différence de la seule émission de sons, permet de parler à propos de « l’utile et du nuisible », du «  juste et de l’injuste ». » ( Aristote, La politique, I, 2)

 

La politique c’est donc la réflexion et l’action qui porte sur ce qui convient d’établir comme manières de faire dans une société, en tant que ces manières de faire paraissent concerner l’ensemble de la société.

  Trois remarques pour préciser cette définition :

 

  • Dans la mesure où ces manières de faire ne vont pas de soi, elles suscitent un débat. Ce débat peut être institutionnalisé et donner lieu à un échange public d’arguments. C’est ce qui se passe notamment en démocratie, où les citoyens sont invités à participer de façon institutionnelle au débat. Mais c’est ce qui se produit toujours d’une manière ou d’une autre, cachée ou publique, restreinte ou élargie.

 

  • Toutes les manières de faire ne relèvent pas forcément de la politique. Mais c’est le propre du politique, de la politique dans le sens le plus fondamental, que de débattre sur ce qui relève ou non de son domaine. Dans ce sens, il y a une sorte de prééminence du politique, qui peut faire d’ailleurs l’objet d’un débat politique. De manière générale, on constate une tendance du politique à envahir ce qui relevait de pratiques dites « privées » ou relativement spontanées. Exemples : la loi interdisant le port du voile à l’école et celle interdisant le port de la burqa.

 

  • Les « manières de faire » prennent la forme de lois, d’arrêtés, de décrets… Plus le domaine du politique s’accroît et plus cet ensemble devient complexe et constitue un monde qui semble éloigné du monde « social », et en même temps très contraignant et intrusif. Mais si ce monde est aussi ressenti comme éloigné du monde « réel » et social, c’est qu’il est le lieu privilégié où s’exerce le pouvoir. La politique, c’est le domaine du pouvoir, qu’il soit illusoire ou réel. C’est le domaine où certains décident pour d’autres et font prévaloir, plus ou moins leur volonté. D’où la méfiance vis-à-vis de la politique.

 

 On voit donc se dessiner déjà plusieurs problèmes :


-          Est-ce qu’il est possible de se mettre d’accord sur les « manières de faire » ?


-          Est-ce que le domaine du politique doit être restreint ou au contraire étendu ?


-          Est-ce que la politique est une affaire de spécialistes qui aspirent à administrer les comportements ou à lutter pour le pouvoir ?

 

Ces problématiques peuvent  s’articuler avec les autres notions sur lesquelles on doit réfléchir :

 

  • L’Etat : c’est l’instance qui est chargée de l’organisation de la société. L’Etat n’a pas toujours existé. Il semble apparaître après la « révolution néolithique » (-10 000/-8000 avant J.-C.). Les premières « Cités-Etats » sont datées de -4000/-3500 ans avant J.-C. L’écriture apparaît vers – 3500 ans avant J.-C. Selon Pierre Clastres, ethnologue qui a étudié la manière dont s’organisent les sociétés primitives, ces sociétés (sans division sociale du travail, sans écriture, sans Etat) sont des sociétés « contre l’Etat », dans le sens où les individus refusent de donner à un autre le pouvoir de décider. (Pierre Clastres ; La société contre l’Etat, 1974.)

L’Etat est le lieu du pouvoir séparé du reste de la société. Aujourd’hui on oppose souvent l’Etat et la « société civile ». L’Etat est l’institution dans laquelle se réunissent, en se distinguant ou en fusionnant, les trois registres du pouvoir : législatif, exécutif, judiciaire.

 

  • La société : l’ensemble des individus en tant qu’ils forment une collectivité unie par le partage du même lieu, de la même histoire et qu’ils ont des intérêts et des valeurs en commun.

 

  • La justice : 2 sens fondamentaux :

 

-          L’institution judiciaire (un des pouvoirs de l’Etat).


-          La valeur de justice. Formellement, la justice est le respect de la distinction entre le bien et le mal, et ce qui est bien c’est que les droits de chacun soient respectés. Mais quels sont ces droits ? Les hommes ont-ils les mêmes droits ?

  • Le droit : 2 sens également :

-          Le droit comme ensemble des règles qui organisent le comportement des individus en société. C’est ce que l’on appelle le « droit positif », en ce sens qu’il existe factuellement.


-          Le droit comme ce qui est doit être respecté pour que la manière d’agir soit juste. On parlera alors de « droit naturel » : ce qui est inscrit dans la nature de l’homme.


1ère problématique : Est-ce qu’il est possible de s’entendre sur le droit positif ? Cela ne suppose-t-il pas que l’on s’entende d’abord sur ce qui est juste, au sens de la conformité avec le « droit naturel » ? Problème de la distinction entre le légitime et le nécessaire.


2ème problématique : Est-ce que l’Etat doit intervenir de sorte que les droits de chacun soient respectés de la manière la plus adéquate, au risque d’enlever aux individus la liberté de faire leurs propres choix ? Ou est-ce qu’il faut ne laisser à l’Etat que les « fonctions régaliennes » (sécurité intérieure et extérieure) ?


3ème problématique : Est-ce qu’il n’y a pas une sorte de fatalité à ce que le politique échappe à la société et devienne une force qui a ses propres intérêts, technocratiques ou « égoïstes » ?

 

Ces trois problématiques se trouvent impliquées dans le débat politique, à des degrés divers.

 

 

 

1)      La justice comme loi du plus fort. Voir :  Textes et documents sur la politique.)


Il paraît mpossible de s’entendre fondamentalement sur la notion même de justice, car celle-ci a deux sens différents et opposés selon la catégorie d’individus qui s’y réfèrent. Ce que donne à comprendre le texte de Platon où celui-ci fait intervenir le personnage de Calliclès, c’est qu’il y a deux niveaux du discours politique lorsque celui-ci prétend s’appuyer sur un accord de « tous ». Autrement dit, on ne fait pas forcément référence aux mêmes valeurs même si on semble s’y référer et que l’on emploie, au moins à certains moments, les mêmes mots.

Ce que donne à entendre aussi ce texte, c’est que la nécessité de l’accord peut aller jusqu’à augmenter l’intervention de l’Etat, afin de procurer aux citoyens ce qu’ils désirent. L’exemple de Périclès est particulièrement éclairant. Certes il s’agit d’une intervention « démagogique », l’Etat est une sorte de pourvoyeur de biens. « Par leurs contributions, les cités sujettes permettent à Athènes de disposer d’une flotte de guerre exceptionnellement puissante, grâce à laquelle elle fait la loi dans toute la Méditerranée orientale, de disposer aussi de finances solides qui autorisent une politique sociale aux larges vues. Démocratie et impérialisme sont indissolublement liés : ce sont les tributs qui permettent d’assurer largement les misthoï (rétributions financières versées aux citoyens), base de l’extinction du paupérisme. On est frappé, en lisant les discours que Thucydide prête à Périclès, du cynisme qui s’y étale : Athènes a la force pour elle, elle se doit de l’utiliser au maximum. D’où cette contradiction frappante : Athènes a développé la première forme de démocratie véritable, rendant le peuple maître de son destin, mais elle n’a pu le faire qu’en exploitant les alliés qui s’étaient remis à elle et en les privant de leur autonomie. » Pierre Lévêque, article « Périclès » dans l’Encyclopedia Universalis.  Et Thucydide en effet écrit : « « En apparence, c’était la démocratie, en réalité le gouvernement d’un seul. » (Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse,II, 65).    On verra que Tocqueville dévoilera également  ce danger inhérent à l’Etat démocratique. Ainsi l’analyse présentée sous la figure de Calliclès est-elle plus complexe qu’elle n’en a l’air. Le plus « fort », c’est celui qui exerce le pouvoir, mais il doit compter avec la force des faibles qui exigent les satisfactions matérielles. Fatalité que la politique soit finalement l’affaire de ceux qui savent procurer au « peuple » ce dont il croit avoir besoin ? C’est en tout cas ce qui explique que Socrate va dénoncer totalement la politique en en retournant le sens. Aussi dira-t-il à la fois qu’il s’en désintéresse et qu’il est le seul à en faire.

 

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Published by Clavier
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