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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 22:07

La notion de culture sert à penser tout ce qui n'est pas nature. La nature, c'est ce qui existe indépendamment de l'activité volontaire de l'être humain. Nature vient du latin natura, qui vient du verbe latin nascere : naître.

 

La culture regroupe donc tout ce que l'homme ajoute à la nature. Encore faut-il penser que ce n'est pas un simple ajout. La culture modifie la nature, la perturbe, la remplace par ce qui relève de l'artifice.

 

Le paradoxe de l'homme, c'est qu'il ne peut être identifié à une "nature" bien précise. Nature signifie aussi "essence", ce qui définit un type d'être. Or, qu'est-ce que l'homme, si ce n'est l'être qui s'écarte de la nature ? Ce que le mythe de Prométhée exprime à sa manière, en faisant du feu et de la technique volés aux dieux la marque distinctive de l'homme, ni animal, ni dieu. Voir le dialogue de Platon "Protagoras"  320c-322d.

 

La culture, c'est donc ce qui relève de l'activité propre à l'homme, ce qu'il invente, ce qu'il découvre, ce qu'il produit. L'homme est l'être qui fait exister des choses nouvelles, ou qui fait exister des choses déjà là mais en les identifiant par leur insertion dans un ensemble de significations. C'est le langage qui est le fondement de toute culture. L'homme semble naturellement doté de la possibilité d'accéder au langage (thèse développée notamment par le linguiste Chomsky). Mais encore faut-il que cette potentialité soit activée et développée par l'éducation qui stimule les fonctions innées. Culture vient d'ailleurs du latin  "colere", qui signifie prendre soin de quelque chose, veiller sur quelque chose. On retrouve cette idée de soin dans les mots apparentés au mot culture : culte (prendre soin du rapport à la divinité), cultivateur (celui qui prend soin des semences et les aide à porter leurs fruits).

 

Les cultures au pluriel désignent les différentes aires où se sont développées des formes culturelles ayant des caractéristiques relativement semblables. On parlera de culture française, par différenciation avec les cultures italienne, anglaise, espagnole... On parlera aussi de "civilisation" pour désigner soit un stade particulièrement avancé de culture (les civilisés s'opposent aux barbares et aux sauvages...), soit des continuités culturelles s'étendant sur une période relativement grande. On parle ainsi de civilisation européenne, ou occidentale, que l'on distinguera de la civilisation indienne ou chinoise, ou arabo-musulmane.

 

Une question vient à l'esprit, particulièrement aujourd'hui, mais on en trouverait les traces dans la philosophie grecque (voir le courant cynique), c'est celle qui interroge la valeur de la culture. Valeur par rapport à la nature, valeur à l'intérieur des cultures.

Dans le premier sens, cela renvoie à une critique de la "civilisation", et particulièrement de la civilisation occidentale, celle qui justement a poussé à son maximum l'opposition entre la  culture et la nature. Descartes écrivait au 17ème siècle que la science moderne allait faire en sorte que l'homme devienne "comme maître et possesseur de la nature". Idée qui ne serait jamais venue à l'esprit d'un indien d'Amérique, par exemple. Or cette opposition entre la culture et la nature est elle-même basée sur une conception hiérarchique des cultures. Qu'est-ce qui vaut le mieux dans la culture ? L'homme peut se "cultiver" de plusieurs manières. On peut cultiver son corps (culture physique), on peut cultiver son intellect, on peut cultiver ses capacités émotionnelles, sa sensibilité artistique, sa compassion...

La culture occidentale s'est caractérisée par un accent mis de façon de plus en nette, surtout à partir du 17ème siècle, sur la dimension rationnelle, intellectuelle de l'être humain, et ce au détriment des autres dimensions qui seraient également susceptibles d'être développées, cultivées. Peut-être est-ce la raison pour laquelle des penseurs venus d'horizons très divers portent un regard très critique sur une civilisation qui détruit certaines potentialités essentielles de l'humanité. Une civilisation qui se retourne contre l'être humain lui-même et qui envisage même sa possible disparition avec optimisme (voir le courant transhumaniste http://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme ). La civilisation peut elle produire une nouvelle barbarie ? C'est-à-dire une forme de culture qui attaque l'humanité dans ce qu'elle a de plus humain ? Non pas que l'homme soit forcément "bon" par nature et que la civilisation le pervertisse, thèse attribuée (en caricaturant sa pensée) à Rousseau, mais l'homme possède des potentialités diverses qui ne peuvent s'harmoniser sans une sorte d'effort collectif qui relève de la culture. Si le but n'est pas l'harmonisation des composantes fondamentales mais la production d'un type d'êtres "humains" adaptés à un système social défini, on aura certainement des êtres déséquilibrés dans leur personnalité psychique mais très adaptés (au moins en apparence) au milieu social qui les a "éduqués". Les projets totalitaires du 20ème siècle se sont situés dans cette perspective de production d'un type d'hommes totalement conformes à un modèle idéologique. Mais aujourd'hui ne sommes-nous pas devant un nouveau type de totalitarisme, non plus spécifiquement politique ou idéologique, mais "rationnel" et "fonctionnel" ? Quel homme voulons-nous ? L'homme consommateur et producteur, rouage interchangeable d'un système qui ne vise qu'à l'accumulation de marchandises, ou l'homme capable à la fois de penser, de sentir, d'aimer ? Le philosophe Michel Henry a pu dénoncer la nouvelle "barbarie" de la civilisation moderne qui justement rompt l'harmonie sur laquelle se fondait la culture "civilisée": connaissance et sensibilité, raison et émotion, action et contemplation. La-Barbarie.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette interrogation sur la valeur de la culture peut prendre comme exemple particulièrement emblématique la question de la corrida.

 

C'est une manifestation de la culture mais que vaut-elle ? Nous entraîne-t-elle du côté de la civilisation au sens d'une construction culturelle qui permettrait le développement harmonieux des facultés humaines, ou du côté de la barbarie, au sens où elle permettrait aux "mauvais instincts" de se repaître de la souffrance d'un animal ?

corida-copie-1.jpg

Certains y voient une forme d'art, une tradition culturelle à préserver. D'autres la considèrent comme une forme de torture qui est incompatible avec le respect de l'animal, créature susceptible d'éprouver des émotions et de la souffrance.

 

 

 

 

Des événements récents ont montré que l'opposition était farouche entre les partisans de la corrida et ses détracteurs, les premiers n'hésitant pas à  user de la violence ouverte pour riposter à ce qu'ils estiment être des provocations des seconds. http://www.anticorrida.com/rodilan-8-octobre-2011/

 

 Envisager philosophiquement le débat, c'est tenter de juger de la pertinence des arguments des uns et des autres, et d'abord de s'interroger sur les présupposés de ces arguments. 

 

Dans les arguments échangés, on remarque souvent que les notions de « culture », de « civilisation », de « barbarie » sont évoquées.

Il fut un temps où les choses étaient assez claires quant à l’usage de ces notions : il y avait des cultures non seulement différentes mais que l’on pouvait situer sur une échelle :

 

  • Tout en bas les sauvages, stade premier de l’histoire de l’humanité, ou plutôt de la préhistoire. En effet, les « sauvages »  ne connaissent pas l’écriture, ni l’agriculture, ni la métallurgie. Ils sont étroitement dépendants de la nature et vivent immergés en son sein. Ils ne connaissent ni villes ni Etats. Ces « sauvages » (du latin silvaticus, lui-même dérivé de silva : la forêt) correspondent à ce que l’on appelle aujourd’hui les sociétés primitives.
  • sauvage.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Puis viennent les « barbares », qui désignent à l’origine les peuples qui ne parlent pas le Grec et qui sont jugés par les Grecs comme culturellement inférieurs : soit parce qu'ils n’ont pas de villes, de sociétés administrées de façon réglée, soit simplement parce qu'ils manquent d’arts, de sciences, de « culture ».

 

 

  • Enfin, les « civilisés », ceux qui ont su développé les formes les plus complexes de la culture : Etat, villes, sciences, arts et lettres sont présents et plus ou moins raffinés.

 

 

Cette division peut apparaître aujourd’hui comme simpliste, elle a même été sévèrement critiquée, et à juste titre. Elle a cependant bénéficié pendant toute une période historique, en Europe, d’un accord unanime. En 1782, l’Académie de Berlin met cette question au concours : « Qu’est-ce qui a rendu la langue française langue universelle de l’Europe ? Par où le mérite-t-elle ? Peut-on présumer qu’elle conservera ce statut ? ». La langue française est alors considérée, en France mais aussi hors de France, comme la langue de la civilisation par excellence.

 

La rencontre avec les peuples "sauvages" a cependant incité certains penseurs à remettre en question la supériorité de la « civilisation ».

 

Montaigne, et surtout Rousseau, sont ceux qui vont initier ce regard critique de la civilisation sur elle-même. L’inauguration de la recherche ethnologique, la constitution d’une anthropologie qui se veut scientifique vont aboutir à remettre en question cette classification. Pour un ethnologue, par principe, toutes les cultures se valent, dans la mesure où elles méritent toutes d'être étudiées sans a priori. Chaque aire culturelle développe ses propres traits distinctifs. Le rôle du scientifique sera plutôt de décrire ces différences, de les classer, de rechercher les éventuels invariants, mais pas de classer hiérarchiquement les différentes sociétés qu’il étudie.

 

LEVI-STRAUSS_Claude.jpgLévi-Strauss, dans son célèbre texte  « Race et histoire » (1952), s’attache à démontrer que la prétention à classer hiérarchiquement les formes culturelles repose sur un ethnocentrisme naïf : comment prétendre s’élever au-dessus de sa  société et atteindre une sorte de point de vue transcendant toutes les cultures ? Le critère d’évaluation dépend de la culture qui l’émet, il en constitue même une des composantes essentielles.

 

Lévi-Strauss écrira même : « Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie ». En effet, les cultures considérées comme « inférieures »,  « barbares » ou « sauvages », ont justement ce trait distinctif de rejeter les autres cultures dans « l’infra-humain ». 

Paradoxalement, le « civilisé » est ou devrait être celui qui ne se prétend pas « supérieur » mais qui au contraire accorderait à toutes les cultures  le même statut, la même valeur.


Paradoxe puisque cela aboutirait à nier que la possibilité de porter un regard critique sur soi-même constitue justement une marque de culture plus « évoluée ». Le risque qu’entraîne ce refus, c’est le relativisme culturel : si tous les jugements dépendent de critères eux-mêmes relatifs à la culture qui les émet, il n’y a plus de jugement possible, puisqu’il ne servirait à rien de prétendre atteindre une objectivité.


Le relativisme culturel peut ensuite se décliner en deux options :


Une version nihiliste : on nie toute possibilité de juger tout en reconnaissant pour les autres le droit de le faire. La seule culture qui n'aurait pas le droit de juger les formes culturelles, c'est celle à laquelle on appartient. Les autres cultures ont elles, par contre, ce droit de juger puisque ce droit fait partie de leurs caractéristiques propres...


Une version "tolérante" : on se félicite de la soi-disant impossibilité de juger, car s'il n’y a que des jugements relatifs, entre lesquels on ne peut rationnellement choisir, cela obligerait à supporter n'importe quelle forme culturelle et à mettre en place une société "multi-culturelle" où se côtoieraient toutes sortes de valeurs et de pratiques, dont on veut imaginer qu'elles pourraient paisiblement cohabiter.

Cette dernière option, sous prétexte de tolérance (l’absence de jugement équivaudrait à un respect total de « l’autre »), aboutit en fait à la résignation au conflit. Car s’il n’y a pas d’instance pouvant départager les jugements qui de toute façon se manifesteront, il ne reste plus que l’affrontement, c’est-à-dire la violence.

Celle-ci peut prendre d’ailleurs la forme de la violence ouverte « la preuve que j’ai raison, c’est que je suis le plus fort », ou celle de la violence de la manipulation idéologique « la preuve que j’ai raison c’est que j’ai réussi à persuader la majorité de penser comme moi ».

 

 

Si l’on refuse à la fois le nihilisme de celui qui n’affirme plus rien, et la fausse tolérance de celui qui  prépare finalement l’affrontement violent, que reste-t-il ?

 

Il reste à reprendre la différenciation entre « civilisation » et "barbarie" et à lui donner un nouveau sens, un sens qui permette d’avancer vers un accord entre les humains.

 

Car la différence entre civilisation et barbarie semble être la condition de possibilité  d'un jugement portant sur les formes culturelles, elle en est le passage obligé, et on ne peut se passer de jugement en la matière.


Le jugement est d'abord, bien entendu, un jugement sur soi, l'acte par lequel on devient capable de ne pas simplement adhérer et fusionner avec une identité prétendue "naturelle". L'acte par lequel on s'interroge, on se remet en question, on cherche à définir un idéal de civilisation que l'on propose au libre débat.


A ce titre la controverse sur la corrida, on l’a déjà évoqué,  est révélatrice de la difficulté à parvenir à un jugement sur lequel on serait d'accord.

 

Mais cette difficulté n'est pas une impossibilité.

Pour qu'un jugement soit possible, il faut que des critères soient reconnus par tous.


Cette reconnaissance peut prendre du temps, car il n'est pas facile d'abandonner des idées préconçues, ses mauvaises habitudes, voire sa mauvaise foi.

On comprendra qu'il ne faille pas nécessairement attendre que le cheminement réflexif de chacun ait pu  reconnaître ces critères et les mettre en pratique.

Parfois, l'opposition déterminée et pugnace à des pratiques indignes de la civilisation participe de la remise en question nécessaire.

 

Mais il importe que ces critères soient clairement établis, énoncés, et soumis à la discussion. Qu'il existe de tels critères,dans le cas de la corrida, c'est ce dont  témoigne la  prise de position de certains vétérinaires.

 

« En tant que vétérinaires, nous nous déclarons opposés à la corrida. Cette pratique, qui consiste à supplicier des taureaux en public, doit disparaître de nos sociétés. La souffrance qu'elle fait endurer à ces animaux est injustifiable. L'évolution des connaissances scientifiques ainsi que l'évolution des mentalités rendent désormais nécessaire la mise en oeuvre de mesures visant à supprimer de tels spectacles. »

 

Déclaration signée par 1020 vétérinaires à la date du 17 octobre 2011.

  http://www.veterinaires-anticorrida.fr/

 

 

Deux critères sont ici mis en avant :

 

D'abord, la souffrance. C'est un critère factuel au sens où il s'agit de savoir si le fait de la souffrance peut être constaté. Il est clair que cette souffrance existe sans qu'il soit besoin de l'établir scientifiquement. Mais comme cette clarté n'atteint pas tout le monde, faute sans doute d'avoir pu développer une capacité d'empathie qui semble pourtant à la portée de tout être humain, on est mis en demeure de prouver "scientifiquement" l'existence de cette souffrance.

Est-ce que le taureau souffre lors d’une corrida ?

La réponse scientifique est incontestable : oui, il souffre. Les marqueurs chimiques de la souffrance sont indéniablement présents.

 

Ensuite, et c'est bien sûr le plus important, le critère moral : de quel droit puis-je faire souffrir ?

La morale commune énonce simplement "Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse".

Je peux envisager de faire souffrir quelqu'un parce que le résultat en vaut la peine. Ainsi un dentiste fera souffrir son patient pour le guérir. Il cherchera d'ailleurs à atténuer la souffrance le plus possible. Le patient est  d'accord : il supporte la souffrance pour atteindre un mieux être. J'accepterais que l'on me fasse souffrir si c'est pour améliorer mon état. Donc j'accepterais de faire souffrir pour améliorer l'état d'un autre. Encore faut-il, s'il s'agit d'un autre qui est un être humain doté d'une capacité de réflexion suffisante, que son accord me soit explicitement donné.

 

Il va de soi que je n'accepterais pas de souffrir uniquement pour faire plaisir à quelqu'un. Sauf si je suis atteint d'une perversion qui ne me fait trouver mon plaisir que dans le plaisir d'un autre qui m'humile et me domine.Et dans ce cas de perversion, on exigera d'autant plus que celui qui souffre ait explicitement donné son accord.

 

Mais est-il légitime de faire souffrir un être qui ne peut donner son accord puisqu'il ne parle pas ?

Est-il légitime de faire souffrir un être qui manifeste par ses cris, ses plaintes, ses tentatives de fuite, sa colère même, qu'il refuse de souffrir ?

 

Il faudrait pour cela que le but recherché ne soit pas la souffrance elle-même mais un objectif dont la valeur morale soit incontestable.

 

Dans le cas de la corrida, existe-t-il un tel objectif ?

 

Les "aficionados" donnent comme objectif à la corrida le plaisir "esthétique" qu'ils retirent du spectacle. Autrement dit, la souffrance infligée serait nécessaire à l'obtention du plaisir "esthétique".

 

On ne discutera pas ici de la nature exacte de ce plaisir "esthétique". A supposer même que l'on puisse faire abstraction de la souffrance infligée pour ne se concentrer que sur la "beauté" des évolutions du torero et du taureau, la question morale ne s'en pose pas moins.

Accepterais-je que l'on m'inflige des souffrances, et que finalement on me tue (fin la plus habituelle), pour jouir du spectacle que j'offrirais en tentant de me défendre ?

Et si je suis moi-même atteint de perversion au point de répondre par l'affirmative, accepterais-je que l'on agisse ainsi envers ceux que j'aime et qui eux refuseraient de se prêter à ce jeu-là ?

Et si je n'aime personne au point de me sentir indigné à cette idée, accepterais-je que que l'on s'empare de n'importe qui pour l'utiliser afin de procurer du plaisir à certains ?

 

On répondra peut-être qu'il s'agit ici d'animaux, qui ne sont donc pas des "personnes", capables de se rapporter à elles-mêmes et de se poser en sujets. Mais le refus de souffrir est tout aussi visible chez l'animal que chez l'homme. Le problème n'est donc pas dans la présence ou l'absence de raison, mais dans la présence ou l'absence de souffrance.

 

Est-ce qu’il est légitime de faire passer son plaisir (ici « esthétique » selon les partisans de la corrida, « sadique » pour ses détracteurs) au-dessus de la souffrance d’un être qui est capable de ressentir la souffrance ?


Ne faut-il pas considérer que la compassion, l’aptitude à se sentir concerné par la souffrance de l’autre (qu’il soit humain ou animal n’est pas ici ce qui importe) est une qualité humaine qu’il est capital de cultiver et que son respect caractérise ce que l’on appelle précisément « civilisation » ?


A contrario, le « barbare » est celui qui méprise la souffrance de l’autre et ne se préoccupe que de ce qui peut lui procurer du plaisir.

D’ailleurs on trouverait une confirmation de cette opposition dans la mauvaise conscience du « barbare » qui refuserait souvent de faire souffrir ceux qu’il aime (à moins de verser dans la perversion, qui est clairement une pathologie mentale) mais qui se trouve des prétextes (y compris "esthétiques") pour faire souffrir des êtres avec lesquels il n'a pas d'attache particulière.

 

On soutiendra donc que la civilisation exige d’éduquer l’homme dans le sens de son humanité, de développer ce qu’il y a en lui de plus humain. L’humanité n’est pas seulement une espèce animale, elle est une vertu, la « vertu d’humanité », et cette vertu consiste justement à refuser la souffrance à visée égoïste, à refuser la cruauté.


On a ainsi déterminé plus précisément la différence entre civilisation et barbarie, et on pu établir en quoi cette distinction pouvait être fondamentale, décisive pour notre rapport aux autres êtres vivants.

Cette différence a des conséquences pratiques nombreuses, parmi lesquelles, manifestement, l'abolition de la corrida.

 

 

 

 


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Published by Clavier
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commentaires

Le Page Yvan 24/07/2016 23:59

Superbe texte, à cela , j'aimerai cependant ajouter pour vivre au Moyen orient, que les bédouins n'appartiennent à aucune civilisation. Il n'en demeure pas moins qu 'ils sont bien loin d'être sous développés. Ils ne sont attachés à rien. Ils vivent hors du temps. Il faut vivre avec eux pour le comprendre. C'est un état d'être où l'
apparence n'a pas lui d'être. Ce que chacun vers quoi doit tendre. Comme l'a dit Andre Maraux, la culture c'est ce qui reste quand on a tout oublié.

Le Page Yvan 24/07/2016 23:58

Superbe texte, à cela , j'aimerai cependant ajouter pour vivre au Moyen orient, que les bédouins n'appartiennent à aucune civilisation. Il n'en demeure pas moins qu 'ils sont bien loin d'être sous développés. Ils ne sont attachés à rien. Ils vivent hors du temps. Il faut vivre avec eux pour le comprendre. C'est un été d'être. Ce que chacun vers quoi doit tendre. Comme l'a dit Andre Maraux, la culture cest ce qui reste quand on a tout oublié.

Ann Brillant 28/09/2013 09:18

Bonjour,

Je suis actuellement lycéenne, en Terminal Art Plastique plus précisément.
Et donc votre article sur la Culture entre Civilisation et Barbare m'as beaucoup intéressé. Et en ce moment en Philosophie nous sommes en pleins dessus.
Mais pour vous
" Qui aujourd'hui est le Barbare ? ", j'essaye de m'instruire avec des fait d'actualité mais je n'en trouve aucun.
Le thème que l'on a engager me trouble beaucoup, donc pourriez vous m'aidez avec cette question s'il vous plait.
Merci beaucoup.
Bonne soirée.

Clavier 29/09/2013 12:02



Qui est aujourd'hui le barbare ?


Celui qui s'attaque à la civilisation. De ce point de vue, la référence au livre de Michel Henry, "La barbarie", pourrait vous éclairer. La difficulté vient de ce
que l'on peine à définir la notion de civilisation. On craint de verser dans d'autres formes d'ethnocentrisme. Je propose de définir la civilisation comme le processus de la culture qui se
donnerait au moins trois buts : respecter et développer l'individu humain (dans toutes ses dimensions, physique, intellectuelle, psychique), respecter et permettre le développement des autres
formes de vie (dans la mesure où ce respect est compatible avec le respect des individus humains, la capacité à s'auto-critiquer et à remettre en question ses finalités et ses moyens.


Le barbare ne se soucie ni du respect de l'individu humain en général, ni du respect des autres formes de vie, ni de s'autocritiquer. On le trouve donc dans notre
culture en tant qu'ennemi de la civilisation. Le barbare sera celui qui préfère faire des profits financiers plutôt que de respecter les êtres humains, vous en voyez des exemples tous les jours,
je ne citerai que les incendies et effondrements d'immeubles au Bangladesh ou des milliers d'êtres humains (y compris des enfants) sont volontairement sactrifiés pour augmenter la marge des
bénéfices sur les vêtements. Le barbare est celui qui détruira des espaces naturels ou agricoles pour les remplacer par des projets industriels qui n'ont d'autre intérêt que financier (voir ce
qui se passe à Notre Dame des Landes ou avec le projet de voie ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin). Le barbare est celui qui considère que les êtres vivants ne sont que des machines
et que l'on peut donc les modifier et les ajuster à nos désirs comme bon nous semble (le stade ultime de la barbarie étant le projet transhumaniste). Le barbare, comme d'ailleurs je l'indique
dans l'article, c'est celui qui organisera la mise en scène d'un spectacle où un animal va être soumis à des souffrances répétées dans le seul but d'en retirer un "plaisir" qu'il va qualifier
d'esthétique (corrida). Bref, le barbare d'aujourd'hui se distingue de ceux qui étaient appelés ainsi (par des "civilisés" qui s'autoproclamaient tels) en ce que les nouveaux barbares utilisent
des moyens extrêmement puissants que la culture scientifique et technique a produits et qu'ils retournent ces moyens contre la vie, c'est-à-dire, comme l'analyse fort bien Michel Henry, contre
cette subjectivité fondamentale qui est auto-affection, épreuve de soi dans la souffrance comme dans la joie. Soumettre la vie au calcul, à l'objectivation systématique, ne considérer comme réel
que ce qui peut se mesurer et rentrer dans une accumulation  d'argent ou de pouvoirs instrumentaux, c'est cela la "nouvelle barbarie". La barbarie moderne n'est donc pas une sorte d'ennemi
extérieur à la civilisation (comme les tribus germaniques ou celtes pouvaient être perçues par les Romains), elle est plutôt, à mon sens, ce qui se retourne contre la vie à l'intérieur de toute
culture. Le barbare est donc aussi bien en chacun de nous quand nous préférons l'apparence de puissance du quantitatif à la fragilité du sentiment d'être impliqué dans la vie.


Bien sûr cette réponse est très partielle et partiale... A vous de reprendre tout ça est de voir si cela vous parle. Pensez aussi contre ce que je dis. Imaginez par
exemple un homme d'affaires ou un ingénieur qui défendraient le "Progrès" et qui verraient plutôt les "nouveaux barbares" dans ceux qui veulent "revenir" à des conditions de vie plus
simples...


 



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