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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 23:06

 

Eléments de correction pour le sujet donné au Bac Blanc de philosophie (S.T.I)  avril 2012.

 

Sujet n°1 : L’expérience nous met-elle devant la réalité ?

 

Introduction : On distingue habituellement deux sortes d’individus : ceux qui sont réalistes, qui ont « les pieds sur terre », et les rêveurs, qu’ils soient artistes ou théoriciens, ceux qui se perdent dans le « ciel des idées ». Mais comment les premiers se rapprochent-ils de la réalité ? On peut penser que c’est grâce à l’expérience : l’expérience nous mettrait face au réel, alors que l’imagination et le goût pour les théories nous en détourneraient. Pourtant il arrive que ce soit plutôt par un effort théorique que la réalité nous soit connue. Alors peut-on dire que l’expérience nous met devant la réalité ? On peut être tenté de répondre par l’affirmative, on l’a vu, car qu’est-ce qui pourrait nous enseigner ce qu’est le réel mieux que l’expérience ? Mais ce serait ignorer que l’expérience est parfois trompeuse et que pour qu’elle devienne vraiment fiable, il faut qu’elle s’accompagne de raisonnements parfois très abstraits.

Première partie : On peut concevoir que l’expérience nous met face à la réalité. Pourquoi ?

Argument n°1 : Comment savons-nous ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ? C’est l’expérience qui nous l’apprend. L’expérience au sens le plus fondamental : l’expérience sensible, la perception qui nous vient de nos sens. Exemple : Comment savons-nous que le feu brûle ? Parce qu’en s’approchant de la flamme nous ressentons une impression de chaleur de plus en plus intense et que si nous approchons un morceau de papier, nous voyons qu’il s’enflamme.

Argument N°2 : On peut imaginer toutes sortes de choses, et c’est le domaine de l’art, de la fantaisie, du rêve. Mais pour savoir ce qui existe vraiment, l’expérience sensible paraît indispensable. Exemple : une œuvre de fiction peut créer des personnages imaginaires, dotés de pouvoirs surhumains, comme « Superman » ou « Spiderman », mais dans la réalité, on voit bien que c’est différent car on perçoit nos limites.

Argument n°3 : L’expérience, c’est aussi l’accumulation d’expériences vécues. Celui qui a perçu plusieurs fois les mêmes situations sait ce que c’est que la réalité. Par contre celui qui n’a pas d’expérience peut plus facilement se tromper. Soit il croit des choses qui ne sont pas réalistes, soit il ne sait pas comment appliquer ce qu’il a appris de façon purement théorique. Exemples : La jeunesse est l’âge des illusions, les choses que l’on désire semblent possibles simplement parce qu’on les veut. On ne s’aperçoit pas qu’il y a des obstacles et des impossibilités parce qu’on n’a pas encore l’expérience de la vie réelle, avec toutes ses contraintes. Et celui qui n’a que des connaissances théoriques est souvent très maladroit dans la pratique. Il lui manque l’expérience qui seule peut lui apprendre ce qui est réel.

Argument n°4 : L’expérience, c’est aussi l’expérience scientifique. Comment un scientifique fait-il pour savoir si sa théorie est vraie ? Il fait une expérience, un test expérimental. Là encore, on voit que ce qui fait la différence entre ce qu’on croit et ce dont on est sûr, c’est l’expérience. La croyance sans expérience reste une simple croyance. Par contre s’il y a une expérience, alors elle peut devenir une certitude parce que l’expérience nous indique que ce qu’on pensait est bien conforme à la réalité. Exemple : Lorsque Pascal veut être sûr qu’il y a une atmosphère autour de la Terre, il fait réaliser l’expérience du Puy de Dôme.

 

Transition : Pourtant, ce n’est pas toujours aussi simple. L’expérience quotidienne nous fait croire par exemple que le Soleil se déplace dans le ciel. Or la science nous apprend que c’est la Terre qui se déplace. Pourtant nous ne ressentons pas l’impression du mouvement. Alors, l’expérience nous met-elle vraiment devant la réalité ?

 

 

Seconde partie : L’expérience à elle seule ne suffit pas à nous mettre devant la réalité. Pourquoi ?

 

Argument N°1 : Certes, l’expérience sensible nous apprend beaucoup de choses. Des choses utiles à la vie et même à la survie. Mais cela ne signifie pas forcément qu’elle nous met devant la réalité. Exemple : Certes nous sentons bien que le feu brûle. C’est une réalité. Mais c’est une réalité subjective. Qu’est-ce vraiment que la chaleur ? Que se passe-t-il quand nous voyons un papier qui brûle ? On sait très bien que même l’impression de la chaleur est relative, ce qui est chaud pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre. Pour aller vers la réalité, il ne faut pas se contenter de ressentir. Il faut penser et élaborer des concepts, comme celui de température par exemple.

Argument n°2 : Il est vrai que le domaine de l’imagination se distingue du domaine de la réalité. Mais ce serait simpliste de les opposer radicalement. Ce que l’artiste imagine est aussi une dimension de la réalité. Il nous fait voir des choses que l’expérience ordinaire ne nous fait pas forcément connaître. Exemple : Tolkien a imaginé un monde complètement fictif, avec des êtres légendaires (elfes, trolls, hobbits, orques, magiciens…) et pourtant il nous met devant des réalités fondamentales : la lutte entre la tentation de la puissance et le dévouement à la vie, l’amitié, le courage, l’amour, la folie… Autre exemple : Il a bien fallu que Pascal imagine d’abord l’atmosphère avant de pouvoir la mesurer. Référence : Einstein nous dit que les concepts scientifiques ne sont pas immédiatement présents dans l’expérience, le scientifique doit les imaginer, les concevoir, avant de les tester.

Argument n°3 : Certes, l’homme d’expérience est souvent beaucoup plus compétent que l’homme qui  n’a qu’une connaissance livresque. Certes, il faut se méfier des idéologues, qui s’imaginent que leurs constructions mentales sont plus vraies que ce que le bon sens et l’expérience enseignent. Il y a un excès de théorie qui peut s’apparenter au délire. Mais l’expérience a elle aussi ses dangers. Celui qui ne se fie qu’à son expérience croit que les choses seront toujours les mêmes. Il ne comprend pas d’ailleurs pourquoi la réalité est ainsi et pas autrement. Il ne cherche pas à comprendre : il pense qu’il sait tout ce qu’il y a à savoir. Mais se limiter à ce qui est déjà connu est dangereux et peut induire en erreur. Exemple : Les fontainiers de la ville de Florence, en Italie, qui croyaient que l’eau montait dans leurs pompes parce que « la nature a horreur du vide » et qui furent bien surpris quand ils constatèrent qu’au-delà d’une certaine limite (10,33m), elle ne montait plus… Référence : Locke nous montre que lorsque nous percevons une sphère, nous allons bien plus loin que ce que nous voyons. Nous voyons un disque, et nous percevons une sphère. Parce que notre jugement, issu des expériences passées, modifie notre perception première. L’expérience crée donc des «jugements ». La plus grande partie de ces jugements est certainement utile à notre vie et nous permet donc de nous adapter à la « réalité ». Mais elle ne nous dit pas vraiment ce qu’est la réalité.

Argument n°4 : On a mentionné l’expérience scientifique. Mais justement, l’expérience scientifique n’est pas une « simple expérience ». Elle est un moment dans un processus où le raisonnement est le plus important. Exemple : Lorsqu’Eratosthène mesure la circonférence de la Terre, il applique d’abord un schéma géométrique. Il imagine la Terre comme une sphère et il applique le théorème de Thalès sur les angles alternes-externes. Cela lui permet d’aller beaucoup plus loin que ce qu’il a sous les yeux, et ainsi d’atteindre une réalité qui n’était pas immédiatement évidente.

Conclusion :   On a vu que si l’expérience était une source important d’informations sur ce qui existe, sur ce que nous appelons la « réalité », elle n’était pas suffisante et qu’elle pouvait même nous induire en erreur. Pour rendre l’expérience « objective », ce que se proposent de faire les sciences, il faut imaginer, concevoir, faire des hypothèses. Pour nous mettre devant certaines réalités, l’artiste fait lui aussi un détour par  l’imaginaire. L’expérience n’est donc pas un « face à face » avec la réalité. Elle se construit grâce à des concepts, à une réflexion, à un effort de compréhension qui mobilise tout autant l’imagination que l’observation. D’ailleurs, la réalité elle-même n’est-elle pas une notion que nous fabriquons ? Peut-être y a-t-il plusieurs sortes de réalités, et les expériences qui s’y rattachent dépendent sans doute de ce qui est considéré comme « réel ».

 

 

 

 

 

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Published by Clavier
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