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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 12:09
Sakountala de Camille Claudel
Sakountala de Camille Claudel

Echanger, c’est donner et recevoir des choses équivalentes.

Il y a plusieurs formes d’échange, selon la nature des choses échangées, mais aussi et surtout selon la finalité de l’échange.

  1. L’échange utilitaire : on cède quelque chose pour obtenir autre chose que l’on souhaite acquérir. Exemple : on échange un cheval contre deux vaches. Le problème est de savoir comment évaluer « l’équivalence » : il faut mesurer une sorte d’utilité abstraite. Mais selon les circonstances, la valeur (l’utilité) d’une chose peut varier énormément. Si une chose est très rare et très demandée, celui qui la possède peut l’échanger contre beaucoup d’autres choses. Cette valeur abstraite est concentrée dans la monnaie. La monnaie est au départ une sorte d’équivalent universel qui permet de favoriser les échanges et de pallier les insuffisances du troc. Mais l’argent, qui était un moyen de faciliter les échanges, devient la fin même de l’échange : au lieu de la formule M-A-M (marchandise=>argent=>marchandise), on a alors la formule A-M-A (argent=>marchandise=>argent) qui définit la logique du capitalisme selon Marx. On produit pour vendre, c’est-à-dire pour de l’argent, et non pour satisfaire des besoins humains. L’échange utilitaire est donc perverti puisque l’utilité devient abstraite : l’argent est désiré pour lui-même et non pas vraiment pour acquérir telle chose. Certes, comme il est le médiateur universel de l’échange (on n’a rien sans argent), il permet d’accéder à tout le reste. Mais il contamine tout en transformant toute chose en moyen de gagner de l’argent, et donc en réduisant sa valeur propre, sa valeur d’usage. Ainsi la mer est devenue une poubelle où l’on a déversé toutes sortes de déchets afin de gagner plus d’argent (car s’il avait fallu détruire ces déchets ou les recycler, cela aurait coûté de l’argent, donc diminué les bénéfices), mais celui qui avec l’argent gagné peut s’acheter des vacances à la mer doit lui-aussi supporter les conséquences de ces déchets. Pour que l’échange utilitaire soit vraiment fondé (conforme à son concept), il faudrait que les choses échangées soient vraiment utiles et non pas qu’elles servent seulement à amasser de l’argent.
  1. L’échange affectif. Il est différent de l’échange utilitaire car il ne cherche pas à obtenir une chose utile mais à créer ou à maintenir un lien affectif entre ceux qui échangent. Il y a un don qui n’est pas suspendu à un contre-don. Certes, si le don n’est pas suivi d’un contre-don, l’échange peut prendre fin car il ne réalise pas sa vocation : créer ou maintenir un lien. Cet échange échappe au « calcul », car il n’est pas possible d’évaluer quantitativement les choses échangées : un baiser ne vaut pas deux regards, un regard n’en vaut pas un autre. L’échange affectif peut passer par l’échange de choses mais alors il risque de se laisser pervertir par la valeur marchande la chose. On croit que la valeur marchande est l’équivalent de la valeur affective, ce qui est faux par principe. Cette perversion atteint même la personne elle-même qui ne se donne que si elle reçoit une personne de même valeur marchande.
  1. L’échange symbolique. Etudié par l’anthropologue Mauss (Essai sur le don), il est selon lui à la base des sociétés traditionnelles (celles qui n’ont pas été atteintes par le capitalisme) et continue à hanter les sociétés modernes. Il repose sur une triple obligation : donner, recevoir, rendre. Il ne s’agit ici ni de l’échange proprement utilitaire ni d’un échange affectif, mais d’un échange basé sur la valeur de prestige qui est conférée à celui qui peut donner. Il y a échange de pouvoir, de distinction, de valeur sociale. Cet échange est une manière de garantir l’existence d’un lien social en jouant la rivalité sur un plan non concrètement violent. Celui qui dépense défie celui qui reçoit et plus largement celui qui est témoin de cette dépense, et qui se trouve en quelque sorte mis en demeure de dépenser autant. En échange de cette dépense, il obtient le prestige de celui qui s’abstrait d’une certaine manière de l’obsession de l’utile (voir Jacques Séguéla et sa Rolex http://philosophia.over-blog.com/article-je-est-un-autre-110550835.html). Dans les sociétés modernes, il subsiste dans le sentiment que si on a reçu, il faut rendre et non pas se contenter de garder le don. Mais ce type d’échange est en bute à l’hégémonie de l’échange marchand. Celui-ci demande de calculer et de ne pas se lancer dans une compétition trop dangereuse qui aurait pour seule finalité le prestige. Mais surtout, il rend difficile à la fois de donner « pour rien » et de rendre. Malgré cela, on peut penser que l’échange symbolique se maintient d’une autre façon à travers les dépenses « somptuaires » ou de « prestige », mais de façon pervertie. Beaucoup de choses ou de comportements sont désirés parce qu’ils sont des moyens de se montrer en situation de supériorité : ils sont des symboles d’une certaine valeur qui n’est que la valeur symbolique elle-même. On échange de l’argent contre cette valeur ou on essaye de l’acquérir en devenant « célèbre », « populaire ». C’est la vie elle-même qui est ici échangée contre une notoriété illusoire puisqu’elle n’est fondée que sur l’attention momentanée d’un public qui se nourrit d’apparences.

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Published by Clavier
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